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Mousqueton : renouer avec les jeunes en errance

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À Strasbourg, le dispositif Mousqueton, porté par l’Institution Saint-Joseph et financé par la Collectivité européenne d’Alsace, redonne souffle et repères à des adolescents en errance. Conçu pour renouer le lien avec ceux que la protection de l’enfance ne parvenait plus à atteindre, ce projet pionnier mise sur la confiance, la souplesse et la rencontre humaine pour reconstruire des trajectoires mises à mal.

Lorsqu’un enfant est confié à l’Aide sociale à l’enfance, c’est avant tout pour le protéger, lui offrir un cadre sécuri-sant et favoriser son développement. Pourtant, certaines histoires échappent à cette promesse. Placements à répé-tition, ruptures successives, perte de confiance envers les institutions : pour une partie des adolescents, la mesure de protection finit par ne plus avoir de sens. Certains prennent alors la fuite, préférant l’errance à un système qu’ils perçoivent comme contraignant. Invisibles aux yeux des dispositifs clas-siques, ils se retrouvent seuls, livrés à des risques multiples : précarité, vio-lences, addictions, exploitation. C’est à ces jeunes en rupture que s’adresse Mousqueton. Inspiré d’expériences similaires menées en Moselle et dans le Haut-Rhin, le dispositif strasbourgeois, ouvert en septembre, se donne pour mission de retisser le lien avec des adolescents de 11 à 18 ans, orientés par l’Aide sociale à l’enfance. « Ici, nous croyons en la possibilité de renouer avec les dispositifs de droits communs, de retrouver des repères et surtout, de réinventer des chemins », affirme Gilles Weber, Directeur adjoint de l’Institution Saint-Joseph.


Repartir du lien, reconstruire la confiance


Mousqueton repose sur une idée simple et pourtant exigeante : aller vers ces jeunes là où ils se trouvent, sans condition ni jugement. L’équipe éducative, composée d’éducateurs, d’une psychologue, d’un infirmier et d’un coordinateur, travaille dans une logique de proximité et d’adaptabilité. Le lien précède le cadre ; la relation devient le premier outil d’accompagnement. Chaque jour, les professionnels contactent les adolescents par téléphone ou sur les réseaux sociaux, leur proposent des activités, des rendez-vous, ou simplement un moment d’écoute.
Cette approche, souple et réactive, permet de rétablir la confiance avec des jeunes souvent lassés des dispositifs institutionnels. « Tel un mousqueton, notre service a vocation à être un point d’ancrage sécurisant, un outil qui leur permet de reprendre confiance pour poursuivre leur ascension », explique Tristan N’Gouah-Beaud, éducateur spécialisé. Car ici, il ne s’agit pas de contraindre, mais de redonner envie, de laisser au jeune la possibilité de redevenir acteur de son propre parcours.

Un refuge pour se poser, pas pour s’enfermer


L’accompagnement s’effectue le plus souvent sur les lieux de vie des adoles-cents, mais un appartement, situé au cœur de Strasbourg, offre également un refuge bienveillant. Sobre et cha-leureux, ce lieu permet aux jeunes de souffler, de cuisiner, de se reposer ou simplement de partager un moment apaisé avec l’équipe. Deux chambres sont disponibles pour héberger en urgence un adolescent en détresse.
Ce lieu d’accueil n’a rien d’un internat : la mise à l’abri n’est qu’une étape. « Quand il pleut, on cherche à se cou-vrir. Mais quand il pleut tout le temps, il faut bien avancer ; l’abri, c’est pour l’orage », résume joliment un membre de l’équipe. La mission de Mousqueton est d’aider les jeunes à affronter la pluie, pas de les enfermer sous un toit.
Présente de neuf heures à vingt heures, cinq jours sur sept, et en astreinte permanente, l’équipe éducative veille à garantir une continuité d’écoute et de présence. Ce travail du quotidien s’articule autour de démarches concrètes : évaluation médicale, accompagnement psychologique, activités culturelles ou sportives, préparation à l’autonomie, prévention des risques. Rien n’est figé, tout s’adapte aux besoins du jeune, à son rythme, à ses désirs.

Un réseau pour ne plus jamais être seul


Mousqueton s’appuie sur un large réseau de partenaires : associations, structures médico-sociales, services de prévention ou de soin. La Maison des ados, THEMIS, le Mouvement du Nid, Lianes, le CIDFF ou encore la Boussole participent à ce maillage essentiel. Cette coopération, patiemment tissée, permet d’offrir à chaque jeune un accompagnement global, coordonné et surtout durable.
« Notre mission n’est pas de tout résoudre, mais de raccrocher les jeunes à une ligne de vie, de leur permettre de surmonter les obstacles qu’ils n’ont pas choisis », souligne Alexandre Firtion, coordinateur de l’équipe Mousqueton. Les professionnels travaillent main dans la main avec les référents de l’Aide sociale à l’enfance, les familles et les acteurs du territoire. Chaque situation fait l’objet d’échanges réguliers, de concertations et d’un suivi attentif pour garantir la cohérence de l’accompagnement.

Réinventer les possibles


Plus qu’un service, Mousqueton est une expérimentation humaine, un espace de reconstruction pour ceux qui avaient cessé d’y croire. Les éducateurs se définissent comme des « travailleurs du chaos » : ils ne se contentent pas de réparer, ils réinventent des possibles.
À travers cette démarche, le dispositif contribue à repenser la protection de l’enfance : une protection qui ne se limite plus à encadrer, mais qui cherche à comprendre, à renouer et à accom-pagner autrement. Pour ces jeunes en errance, Mousqueton n’est pas une fin, mais un passage. Un mousqueton symbolique qui les aide à gravir, pas à s’attacher.

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