Première unité d’enseignement dédiée au polyhandicap dans le Bas-Rhin, l’UEEP Raoul Clainchard ouvre une nouvelle voie pour l’école inclusive.
À l’école élémentaire Rodolphe Reuss, dans le quartier du Neuhof à Strasbourg, une classe pas comme les autres a vu le jour. Depuis la rentrée, l’Unité d’enseignement pour les élèves polyhandicapés (UEEP) Raoul Clainchard accueille trois jeunes enfants, âgés de 7 à 10 ans, en situation de polyhandicap au cœur d’une école ordinaire. Un projet pionnier, porté par l’Association Adèle de Glaubitz et l’Éducation nationale, financé par l’Agence régionale de santé Grand Est, avec le soutien de la MDPH et de la Ville de Strasbourg, qui démontre que l’inclusion scolaire peut devenir une réalité concrète, au quotidien.
Le vendredi 16 janvier 2026, partenaires institutionnels, équipes éducatives et acteurs du territoire se sont réunis pour inaugurer officiellement cette première UEEP polyhandicap du Bas-Rhin. L’événement a permis de découvrir les locaux, d’échanger avec les professionnels et de mesurer l’ampleur d’un projet pensé sur le long terme, rendu possible par l’engagement conjoint de l’État, des collectivités et des acteurs du médico-social. « Cette unité incarne une volonté forte : celle de ne plus laisser aucun enfant sans solution scolaire », souligne Amina Rouyani, cheffe de service du Centre et de l’UEEP Raoul Clainchard.
À l’UEEP, l’école se pense autrement. Effectifs réduits, pédagogie adaptée, organisation modulable : tout est conçu pour respecter le rythme, l’état de santé et les besoins spécifiques de chaque enfant. « Ici, on ne cherche pas à faire entrer les élèves dans un cadre rigide, mais à construire un environnement qui leur permette d’apprendre et de s’exprimer », explique Clémence Jeanclaude, enseignante de l’UEEP. Rituels du matin, activités sensorielles, ateliers artistiques ou parcours moteurs structurent les journées et offrent des repères sécurisants.
Le fonctionnement de l’UEEP repose sur un travail d’équipe étroitement coordonné entre pédagogie, accompagnement éducatif et soins. Caroline Andres, éducatrice spécialisée et coordinatrice de l’unité, évoque « un accompagnement fin, ajusté en permanence, où chaque progrès, même discret, est une avancée essentielle ». Aux côtés de l’enseignante, Marie Fiengenschuh, auxiliaire de puériculture, souligne l’importance du quotidien : « Les temps de soins, de repas ou de repos font partie intégrante de l’apprentissage. Ce sont aussi des moments de relation, de communication et de confiance. »
Implantée au rez-de-chaussée de l’école Reuss, l’UEEP s’inscrit pleinement dans la vie de l’établissement. Les élèves partagent, lorsque cela est possible, des temps de récréation et des activités avec les autres classes. Pour Guillaume Durand, directeur de l’école, « la présence de l’UEEP est une richesse pour toute la communauté éducative. Elle sensibilise les élèves, les familles et les équipes à la diversité des parcours et contribue à faire évoluer le regard sur le handicap ». Un engagement rendu possible grâce à l’implication de la Ville de Strasbourg, fortement mobilisée pour adapter les locaux et accompagner le projet.
Au-delà de cette unité, l’UEEP Raoul Clainchard s’inscrit dans la dynamique du projet associatif 2026–2030 de l’Association Adèle de Glaubitz. Une démarche qui vise à décloisonner les réponses, renforcer les partenariats et construire des parcours plus inclusifs, en lien étroit avec les institutions du territoire, notamment la MDPH, acteur clé de l’orientation et de l’accompagnement des familles. « Cette unité est à la fois une réponse concrète et un signal fort envoyé au territoire », résume Amina Rouyani. « Elle montre que l’innovation sociale repose avant tout sur la coopération et la confiance dans les capacités de chacun. »










